Dossiers

 

La confirmation peut-elle être remise en question ?

Arnaud Bennetot - Attitude ®. Photos Aniwa/Hermeline

Pour qu'un chien de race obtienne son pedigree définitif, il faut le faire confirmer. Or, on constate que 2/3 des acquéreurs de chiens inscrits au Livre des Origines négligent ou renoncent à cette formalité. Manque d'information, manque d'intérêt ? A quoi sert la confirmation et faut-il la supprimer ?

Alors que la plupart des propriétaires attendent de leur chien qu'il soit avant tout un excellent compagnon jouissant d'une santé de fer, certains ne jurent que par le chien de race. Le fameux chien avec "papiers". La particularité de la cynophilie française est en effet d'imposer le mécanisme de la confirmation pour décerner aux chiens leur pedigree définitif.


 Une intention louable

A la base, l'idée de la confirmation part d'une intention louable. Les races de chiens sont sélectionnées sur des critères bien précis, tant sur le plan de la morphologie que du caractère. C'est à cette fin que les "standards de race" ont été rédigés et sont régulièrement revus et adaptés selon les besoins. Le standard décrit toutes les caractéristiques attendues pour le "bon" chien et qu'il sera susceptible de transmettre à sa descendance. L'histoire des races est directement liée à la tenue d'un livre généalogique qui recense tous les individus et leur généalogie. Cette notion n'est nullement l'apanage de la cynophilie : de tels livres sont tenus depuis fort longtemps pour toutes les espèces animales que l'on élève, y compris les animaux de rente.

Pour comprendre cette idée, il faut se reporter à la définition même de ce qu'est une race. Il est d'un usage courant de considérer qu'il s'agit d'un groupe d'individus ayant des caractères communs, identifiables et transmissibles. De fait, on ne confond pas un Yorkshire avec un Dogue Allemand. Taille, nature du poil, couleur de la robe, caractère,… sont trop différents. Mais il existe des cas où la distinction est plus délicate. Ne peut-on pas se tromper entre le Norwich et le Norfolk Terrier qui, hormis le port d'oreilles, sont très ressemblants ? Il ne faut pas oublier que les races se sont formées progressivement et sont souvent nées de l'évolution d'une race ancienne ; une évolution voulue parfois uniquement par l'homme. Ainsi, le West Highland White Terrier a été sélectionné à partir des chiots blancs qui naissaient régulièrement au sein des portées de Terriers d’Ecosse.

Dès lors que l'on reconnaît la notion de race, et que l'on est conscient que des dérives peuvent se produire au fil du temps (nouvelles couleurs de robe, modification de la taille,…), il faut fixer des limites. D'où la rédaction des "standards" et la tenue de livres généalogiques qui permettent de conserver une trace de tous les ascendants d'un individu.


 Filiation certaine

Mais des surprises peuvent advenir ! Telle ou telle caractéristique considérée (aujourd'hui) comme indésirable pour la race en question peut resurgir à tout moment, surtout lorsque la race est jeune et pas encore bien fixée. Ces déviances ne sont pas forcément décelées à la naissance. D'où l'idée retenue par la cynophilie française d'accorder l'inscription au Livre des Origines aux chiots issus de géniteurs déjà recensés, titulaires d'un "pedigree", mais d'exiger de revoir le chien plus tard avant de lui accorder son inscription définitive. Il faut que l'on ait "confirmation" que le chien, devenu adulte, correspond effectivement au standard de la race.
Selon les races, l'âge de la confirmation est de 9, 12 ou 15 mois. Il faut alors présenter le chien à un juge ou un expert confirmateur qui vérifie l'absence de défauts majeurs, tels qu'ils ont été définis par le club officiellement habilité à gérer la race. Ce sont les "points de non-confirmation". Si le sujet présenté est jugé satisfaisant, il est "confirmé" et son inscription provisoire au Livre des Origines est transformée en inscription définitive, donnant lieu à la délivrance du pedigree. En France, le livre s'appelle le L.O.F., pour Livre des Origines Français (LOE pour l'Espagne, LOSH pour la Belgique, etc.). Sa descendance, si le partenaire est également titulaire du pedigree, sera alors inscrite au Livre des Origines et pourra être présentée à la confirmation dès que les conditions d'âge seront remplies. Conséquence directe, un chien présentant un défaut majeur n'est pas confirmé et sa descendance ne sera pas enregistrée.


 

A retenir !
Un chien de race est un chien né de parents dont les origines sont connues et dont les qualités reconnues leur ont permis d'obtenir un pedigree définitif après qu'un juge ait vérifié qu'ils ne présentaient pas de défauts majeurs. A contrario, un chiot "non LOF" est né de parents inconnus ou de parents présentant de tels défauts qu'ils ont été refusés à la confirmation.



 
Confirmation… une affaire d'argent ?

Les esprits critiques n'hésitent pas à affirmer que la confirmation représente davantage des enjeux financiers qu'un réel intérêt pour la sélection. Il est vrai que les formalités d'enregistrement coûtent environ 19 € (125 francs) et que les 50 000 chiens confirmés chaque année représentent donc près d'un million d'euros (6,5 MF) de chiffre d'affaires pour la Société Centrale Canine, organisme officiel qui gère le LOF. Sans oublier que le passage de l'examen de confirmation n'est pas gratuit. Le propriétaire doit s'acquitter de droits pour présenter son chien dans une séance de confirmation organisée par les clubs de race ou lors d’une exposition canine, environ de 8 à 38 € (50 à 250 F). On le voit, les sommes en jeu sont là encore considérables. Les instances cynophiles sont-elles prêtes à renoncer à cette manne ?


 

A retenir !
Un chien de race avec papiers coûte plus cher. Parfois le double. La différence de prix ne s'explique pas par le coût des actes administratifs, somme toute assez dérisoire en regard du prix du chien. La sélection et la qualité du chien sont des éléments bien plus importants dans l'élaboration du prix.



 Confirmation… pour la sélection ?

Les points de non-confirmation sont censés être des défauts majeurs, susceptibles d'être transmis à la descendance. Il est donc logique de vouloir écarter de la reproduction officielle les chiens qui présentent ce que l'on appelle des "tares". L'idée est louable… sous réserve que notre niveau de connaissance nous permette d'être aussi affirmatif. L'exemple de la monorchidie ou de la cryptorchidie est significatif. L'absence d'un ou deux testicules est supposée héréditaire. C'est donc un point de non-confirmation. Mais il apparaît que, malgré cette mesure, le pourcentage de chiens présentant ce défaut n'évolue pas au fil des ans. Que faut-il en déduire ? Si ce point de non-confirmation était pertinent, on aurait vu le taux de chiens monorchides diminuer considérablement, ce qui est loin d'être le cas ! On peut également railler en observant que les autres pays qui n'ont pas adopté ce mécanisme de confirmation n'ont pas plus de problèmes que les chiens français… Alors la confirmation n'est-elle qu'une mesure de rétorsion obligeant les éleveurs français à évacuer de la reproduction les "mauvais" sujets alors que, dans les autres pays, ils le font naturellement ?

La confirmation a un effet pervers. L'acheteur qui, un an après son acquisition, voit son chien refusé à la confirmation se sent floué. Dans le meilleur des cas, il est déçu qu'on lui notifie que son chien présente un défaut. Mais, parfois, cela se finit au tribunal. Les litiges sont de plus en plus fréquents. Certes, une jurisprudence à peu près constante affirme que la vente d'un chien de race n'implique nullement l'obligation qu'il soit confirmé (ce serait une obligation de résultats), mais c'est toujours ennuyeux.


 

A retenir !
Les critères de sélection ne sont pas déterminés au hasard. Des problèmes graves sont recensés et il convient que la sélection les prenne en compte. Reste aux dirigeants des clubs de race à choisir ceux qui sont essentiels et à oublier les autres.



 Confirmation… par tradition ?

Selon les sources, on évalue le nombre de chiots naissant chaque année (et donc globalement ceux qui changent de propriétaires) entre 800 000 et 1 000 000. Et parmi eux, seuls 150 000 sont inscrits au LOF. Malheureusement, on observe que seul un tiers de ces chiots est présenté à la confirmation, avec un taux de refus très faible. Ce sont donc 50 000 chiots par an qui obtiennent leur pedigree définitif. 5 % de l'ensemble des chiots qui naissent, c'est bien peu. Difficile de parler alors de tradition. Pire que tout, lorsqu'un chien est refusé à la confirmation, son propriétaire peut faire appel et demander que le chien soit réexaminé par un collège de trois juges. Au final, ce sont moins de 5 % des chiens qui sont refusés en première présentation, et 95 % des chiens refusés sont repris en appel… De quoi se poser des questions !


 

A retenir !
Les passionnés ne jurent que par le chien de race et par la sélection. Mais leurs intentions très pures ne sont pas forcément relayées sur le terrain. Trop de chiens sont exclus du schéma de sélection alors qu'ils présentent un potentiel génétique intéressant. Le mécanisme de la confirmation les exclut parfois à tort.



 Confirmation… à cause de la législation ?

Comment reconnaître un Pit Bull d'un Am’staff ? C'est une question intéressante quand on connaît l'histoire des deux. Le premier n'est pas reconnu comme race, le second l'est. Et les différences morphologiques sont infimes. Pourtant, selon la loi du 6 janvier, les "pits" doivent être stérilisés et leurs propriétaires subissent de lourdes contraintes. Seule façon de prouver que le chien est "bien né" : les papiers. D'où une recrudescence des demandes de confirmation "à titre initial" observée ces dernières années chez l'Am’staff. Car un échappatoire existe : pour les races dont le livre généalogique n'est pas fermé (la majorité), il est possible de demander une confirmation "à titre initial" et de récupérer des papiers.


 

A retenir !
La loi du 6 janvier est très claire. L'utilisation du nom de la race n'est autorisée que pour les chiens inscrits au LOF. Les autres peuvent être présentés comme chiens de type XXX ou d'apparence XXX.



 Confirmation… pour l'amélioration ?

Personne ne peut nier l'intérêt d'une sélection de chiens de race, basée sur la constante recherche d'une amélioration des caractéristiques et de l'éradication des tares. Trop d'acheteurs sont déçus par l'achat d'un chien qui s'avère par la suite ne pas présenter les caractéristiques attendues. Acheter un chien sans papiers, c'est exclure d'emblée la possibilité de recours dans un tel cas. Dans une optique d'amélioration des races et de "traçabilité", la confirmation pourrait être un outil idéal, mais elle est mal comprise par le grand public.
Pas facile de bouleverser les habitudes. Au contraire, on entend de plus en plus souvent murmurer qu'elle pourrait être supprimée. Info ou intox ? Quoi qu'il en soit, force est de reconnaître que la position de la France est marginale et à l'heure de l’Europe, on imagine mal qu'une telle situation perdure. La confirmation reste malgré tout un rempart qui permet de faire une distinction entre les chiens sélectionnés et les autres. Faut-il comme dans d'autres pays la substituer à un système de contrôle du droit de "faire reproduire" son chien ?

Le débat est présent au niveau des instances cynophiles, sans pour autant que l'on puisse espérer des réponses rapides. Supprimer la confirmation nécessiterait que le législateur modifie le code rural. Il y a fort à parier que ce n'est pas une préoccupation principale. Reste une position de repli, aujourd'hui préconisée par la Société Centrale Canine : faciliter la confirmation par tous les moyens en multipliant les séances publiques ou les confirmations à domicile, et en faisant preuve d'une certaine mansuétude à l'égard des chiens présentés. Le problème n'est pas simple, mais le débat évolue doucement. La confirmation, avec tous les défauts qu'elle peut avoir, risque tout de même de perdurer encore quelques années !

Aniwa le :23/11/2001

 

 

sommaire

Si vous aimez ce site, cliquez ici